Le Journal de la Saône-et-Loire : « Il faut absolument associer le peuple »

article publié le 6 décembre 2018 dans le Journal de la Saône-et-Loire – propos recueillis par Benoît Montaggioni

Mercredi, Marie-Noëlle Lienemann était à Mâcon. En octobre, la sénatrice de Paris a décidé avec Emmanuel Maurel et plusieurs élus locaux de claquer la porte du Parti socialiste. Ils ont depuis fondé le parti APRÉS*, prêt à travailler avec la France insoumise.

Après toute une carrière au PS, quel a été le déclic qui vous a fait dire qu’il était nécessaire de quitter le parti ?

J’ai toujours cru à un socialisme républicain à la Jaurès. Pendant le quinquennat Hollande, je me suis posé beaucoup de questions face à la ratification des politiques d’austérité, le refus de remettre en cause les questions salariales, le crédit d’impôt compétitivité emploi… Après la défaite de 2017, la moindre des choses était de se remettre en cause. Notamment en renouant avec les couches populaires. J’ai plaidé sans arrêt en ce sens mais on me répondait que tout se jouait avec les classes moyennes. L’été dernier, Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire, nous a même expliqué que le PS était un « parti de centre gauche ». Je m’excuse mais je n’ai pas adhéré à un « parti de centre gauche », j’ai adhéré à un parti qui avait pour mission de se sentir au cœur de la gauche. Le même été, le PS s’est aussi entêté à dire « Vive la social-démocratie en Europe ! » puis à présenter François Hollande comme son sauveur. J’ai donc constaté que je n’avais plus rien à faire au PS.

Vous sentez-vous plus à l’aise dans une « convergence » avec la France insoumise ?

Oui, parce que je suis fidèle à mes engagements de rassemblement des forces de gauche, j’ai toujours plaidé pour un nouveau « Front populaire ». C’est ce que l’on essaye de faire. J’avais anticipé ce que l’on voit aujourd’hui : les appareils politiques ne parviendront pas à recréer seuls la dynamique dont on a besoin. Il faut absolument associer le peuple, les associations, les syndicats… la France insoumise l’a aussi compris.

Le mouvement des Gilets jaunes, ses revendications, son rejet des appareils… Vous le ressentez comme une envie de cette gauche que vous êtes en train d’essayer de proposer ?

Exactement ! Mais soyons modestes, je sais bien que les Gilets jaunes ne vont pas se précipiter en disant « youpi, un nouveau parti ! on arrive ! ». Ils ont au contraire un grand recul par rapport à ça. Mais depuis des années, je me bats pour la relance par le pouvoir d’achat, pour un SMIC à 1300 €… Quand j’entends le Gilets jaunes, il y a des détails sur lesquels on n’est pas d’accord, mais globalement on se retrouve. Il est évident qu’on est à la fin d’un cycle. Partout, le libéralisme s’effondre. Dans d’autres pays, c’est plutôt l’extrême-droite qui capitalise. Mais là, une nouvelle gauche, en tout cas une offre nouvelle basée sur les idées sociales et républicaines, nous paraît en phase. Il n’est pas question de tenter de faire de la récupération avec les Gilets jaunes mais de faire un énorme effort de reconstruction pour ce fameux « Front populaire » que l’on veut en convergence avec nos amis de la France insoumise.

 

*Alternative pour un programme républicain, écologiste & socialiste