Notre incapacité à penser le partage républicain est-elle une fatalité ? par Marc Vuillemot

Texte publié le mardi 4 décembre 2018, par Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer, Président de l’association des maires Ville & Banlieue

Un grave silence hautain du Chef de l’État, un moratoire de quelques mois pour la taxe sur les carburants, un gel pour la saison d’hiver des tarifs de l’énergie que le Conseil d’État pourrait « retoquer » comme il l’a fait il y a quatre ans, un nouvel « enfumage » avec l’annonce d’un débat national sur l’impôt, et un pseudo engagement sur une hausse du SMIC qui ne sera jamais que sa revalorisation automatique, voilà la réponse de l’État à son peuple désemparé.

Il est à craindre que ça ne réponde pas aux aspirations des braves gens qui, des plus humbles aux classes moyennes, sont la plus grande part de la population de notre nation supposée toujours républicaine.

LES BANLIEUES ENCORE HORS CHAMP, MALGRÉ LES VŒUX DE LEUR MINISTRE ?

Si l’on y regarde de plus près, avec l’œil d’un maire d’une ville populaire en difficulté depuis trente ans, la non invitation du ministre de la Ville et du Logement à la réunion interministérielle convoquée par le Président de la République ce week-end pour envisager des solutions peut être le signe d’un nouveau désintérêt pour les 5 millions d’habitants des communes urbaines fragilisées, dont nos résidents seynois.

Les réponses aux questions majeures sur la solidarité nationale due aux territoires urbains en déshérence, sur l’accès égalitaire à l’éducation et l’insertion professionnelle, donc l’emploi, sur l’accompagnement social, sur la redynamisation économique de proximité et sur la sécurité urbaine, restent en suspens.

Il n’est pas pensable que, en pareille situation, les habitants d’une commune précaire comme La Seyne ne puissent obtenir des réponses à leurs raisonnables et pressantes attentes.

Que vais-je pouvoir expliquer à mes concitoyens déconcertés ? Que vais-je dire à ceux qui constatent, abasourdis, que le Gouvernement « garde le cap », c’est-à-dire se refuse à prendre l’argent là où il coule à flots sans autre travail que celui, virtuel, produit par l’argent lui-même ? Que vais-je rapporter aux Seynois qui réalisent qu’il n’y a aucun engagement à lutter contre la fraude et l’évasion fiscale et à soumettre à l’impôt de droit commun les richissimes sociétés transnationales de l’Internet, des réseaux sociaux et du commerce en ligne ? Que vais-je exposer à mes interlocuteurs du quotidien qui découvrent que l’idée n’a même pas effleuré nos gouvernants d’une éventualité de réinstallation de l’impôt sur la fortune ou d’une exigence de contrepartie sociale à imposer aux actionnaires des très grandes entreprises bénéficiaires de crédits d’impôt ? Que vais-je annoncer à ceux qui pensent qu’il est du devoir d’un pays républicain qu’il dégage les moyens réels d’une fraternelle action nationale pour faire des pas vers l’Égalité ?

À QUAND LA FLAMME DE LA FRATERNITÉ RÉPUBLICAINE ?

Si, seulement, la ministre de la Cohésion des territoires et celui de la Ville et du Logement pouvaient répondre avec bienveillance aux demandes que, avec mes collègues maires des communes abritant des quartiers fragiles, nous leur avons réitérées ce lundi (cliquez ICI pour lire notre courrier), on pourrait entrevoir une faible mais indispensable lueur d’espoir…

Pour l’heure, l’horizon demeure terriblement sombre. Ce n’est pas du feu violent des voitures et des conteneurs se consumant sur le bûcher de la ville en souffrance qu’on a besoin pour éclairer notre voie humaine. C’est d’une clarté durable, celle de la flamme de la fraternité républicaine.