Tribune APRÉS-MRC – « Gilets Jaunes : il y a urgence à agir »

Ces dernières semaines, le malaise social qui se répand dans le pays depuis de longs mois a explosé publiquement.

C’est le peuple français dans ses profondeurs qui s’exprime aujourd’hui à travers le mouvement des gilets jaunes. Le désespoir exprimé met la question sociale au cœur du débat public : il faut l’entendre et le comprendre. Ce peuple, déjà victime au cours des années passées de la désindustrialisation continue, du chômage de masse et de la précarité, de la réduction des moyens des collectivités locales comme des services publics qui s’éloignent des citoyens, de la désertification médicale, dénonce aujourd’hui à juste titre une fiscalité injuste qui aggrave les inégalités de revenu et les problèmes de pouvoir d’achat.

Il ne s’agit pas de l’expression d’une indifférence aux défis environnementaux, mais de l’impossibilité d’y répondre sans la justice sociale et fiscale : loin d’ un « Touche pas à mon diesel », c’est bien un « Vive l’impôt républicain juste » qui se fait entendre.

Parce qu’à ce mouvement républicain profond dans sa grande majorité, la réponse ne peut être dans la persistance d’un mépris, lequel explique d’ailleurs tant d’erreurs et d’injustices.

Par les déclarations qu’ils ont faites, le Président de la République et le gouvernement ont malheureusement montré qu’ils ne comprenaient pas le pays qu’ils ont la responsabilité de conduire. Cette attitude hautaine et déplacée est dangereuse, parce qu’elle peut nourrir une violence jusqu’alors le plus souvent contenue, mais que l’affaiblissement de nos Institutions, comme des corps intermédiaires, et les coups portés depuis un an à nos équilibres politiques, risquent de libérer.

C’est pourquoi nous en appelons à l’ouverture d’un véritable débat et à un nouveau Grenelle associant syndicats et représentants du mouvement pour convenir :

  • d’une revalorisation sans délai du SMIC et d’une négociation sur l’augmentation du pouvoir d’achat ;
  • d’une baisse des taxes à l’origine du mouvement le temps d’une grande concertation sur une indispensable réforme fiscale ;
  • de l’affectation des 20 milliards d’euros du CICE (que le gouvernement veut par le budget 2019 transformer définitivement en baisse de cotisations) au financement d’un plan d’urgence pour nos territoires délaissés (sauf pour les entreprises de moins de 10 salariés) ;
  • du rétablissement de l’ISF, dont les recettes restaurées permettraient de financer des investissements pour accélérer la transition énergétique.

La colère qui se manifeste, parce qu’elle est juste, doit recevoir une réponse urgente.